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ARTCANCRE:Le cinoche des cancres

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jeudi 1 mai 2008

the dardjeeling limited

affiche

Un film de Wes Anderson

Avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman, Amara Karan,
Camilla Rutherford, Wally Wolodarsky, Waris Ahluwalia, Barbet
Schroeder, Bill Murray, Anjelica Huston, Natalie Portman


Durée : 1h31

Trois frères qui ne se sont pas parlé depuis la mort de leur père
décident de faire ensemble un grand voyage en train à travers l'Inde
afin de renouer les liens d'autrefois.
Pourtant, la "quête spirituelle" de Francis, Peter et Jack va vite
dérailler, et ils se retrouvent seuls, perdus au milieu du désert avec
onze valises, une imprimante, une machine à plastifier et beaucoup de
comptes à régler avec la vie...
Dans ce pays magique dont ils ignorent tout.

___________

Wes Anderson aime la vie et ses contrastes.
Et pour aimer The Darjeeling Limited", il faut être un peu comme ça
aussi, aimer la vie, aimer l'humain,
accepter la notion de lâcher-prise, si tel n'est pas le cas vous
risquez de rater le train et rester sur le quai,
à l'instar de Bill Murray, anonyme à costume qui, pourtant, joue le
rôle de passeur,
entre "La Vie Aquatique" et le nouveau Wes Anderson, il nous remet les
clés d'une maison,
qui, si elle est décorée par de nouveaux papiers-peints, de nouveaux
habitants et de nouveaux bibelots,
possède toujours un certain nombre de souvenirs, d'humanités, incrustés
d'émouvante manière dans ses murs.
En effet, les thèmes chers à Wes Anderson reviennent : les relations
interrompues, l'incompréhension et le temps qui passe,
la reconquête de l'autre à travers des phases initiatiques, les
errances pour mieux se retrouver.
Cette petite musique intime un peu cachée derrière un humour tantôt
corrosif et souvent loufoque,
sort du bois petit à petit si on le mérite, si on accepte de se laisser
prendre par la main sans résister.

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Tout d'abord il y a le petit cadeau qui plante l'ambiance et rend un
premier hommage au Cinéma,
Wes Anderson nous gratifie en effet d'un court-métrage "Hôtel
Chevalier", dans lequel on retrouve
tout ce qui va nous ravir par la suite : élégance, sensualité, ironie
et sens de l'absurde,
mais aussi et surtout, tendresse pour les personnages.
C'est une belle idée que de placer un court directement et physiquement
lié par la pellicule
au long-métrage, un moyen fin et terroriste à la fois de redonner au
spectateur la magie qu'il avait
bien des années en arrière et que les distributeurs nous ont volé : la
mise en bouche magique avant le grand film.
Subtilité supplémentaire et jouissive, Wes Anderson choisit de nous
raconter une brève tranche de vie
d'un des trois personnages principaux de "The Darjeeling Limited",
Jack, impérial et absurde dans son peignoir,
tapi immobile dans sa suite d'un palace parisien. On fait sa
connaissance, Il fuit l'amour mais l'amour le retrouve
en la personne de Natalie Portman, irrésistible et franchement sexy,
toute de bleus vêtue dans sa -belle- nudité.

Wes Anderson a sans doute fait connaissance depuis longtemps avec cette
notion fondamentale du lâcher-prise
vers laquelle bien des tournants de la vie nous amènent petit à petit.
Accepter de ne pas tout maîtriser est l'une des conditions, pour ne pas
dire une des qualités requise
pour faire de ce voyage sensuel, mélancolique, un moment inoubliable
que vous aurez envie de revivre
dès la sortie de la salle.

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Trois frères : Francis (Owen WIlson) visage façon puzzle et
autoritaire), Jack (Jason Schwartzman)
écrivain lunaire et flottant, toujours en peignoir même lorsqu'il ne
l'est pas et Peter
(Adrian Brody, plus charmant et élégant que lui tu meures)
entreprennent un voyage en train
pour renouer leurs liens distendus. Au bout du voyage, une mère devenue
bonne sœur,
enfuie au moment de la mort de leur père, qui sera l'argument, le
prétexte et au final la confirmation philosophique
des protagonistes.
La quête de la mère, but dévoilé en cours de voyage par un Francis à
l'organisation sévère et maladive,
se révélera le déclencheur d'événements petits ou grands mais toujours
humains, d'instants loufoques ou douloureux.
Le mélange improbable des bagages luxueux de Jack, de l'imprimante et
de la machine à plastifier,
vrais relents de la modernité et de la civilisation consumériste, va
petit à petit s'effacer pour laisser la place
à un autre monde, plus ancré dans la terre et l'héritage, plus en prise
avec les échanges humains.
Les trois frères vont se découvrir, s'apprivoiser et peu à peu se faire
confiance, par étapes ponctuées de rencontres
tantôt poignantes, tantôt sensuelles, et pour finir les bagages de luxe
resteront à leur tour à quai :
les frères ont retrouvé leur humanité.

Les films qui restent en vous de manière aussi durable ne sont pas
nombreux, et ce qui fait que The Darjeeling Limited
en fait partie, c'est certainement cela, cette humanité et cette
affection débordante qu'Anderson
a pour ses personnages, tout en nuances, en suggestions, sans aucun
jugement ni parti-pris sur les paroles,
actes ou contradictions des trois frères. Francis, Peter et Jack sont
bourrées jusqu'à la moëlle de ces contradictions
qui font l'essence même de l'espèce humaine, son caractère précieux et
imprévisible. Les trois frères sont humains,
fragiles, et la palette d'émotions que nous allons vivre avec eux sont
juste le reflet de nous-mêmes.
Ne pas accepter leurs évolutions, c'est se mettre soi-même sur la
touche, s'estimer plus cohérent et plus mécanique
qu'eux au niveau humain.

Il y a une vraie tendresse d'Anderson pour ses personnages.
Qu'il les filme de très près ou de plus loin, il les filme toujours
avec justesse, avec une vraie distance
et une absence de pathos. Il se contente d'observer, parfois non sans
sophistication, mais à aucun moment
il ne porte un jugement sur les actes et les décisions de ses
protagonistes. Il les accompagne, tout simplement.
Ce qui frappe tout au long du film, à l'instar de ce train bordélique,
coloré, parfumé, sensuel, pauvre et magnifique,
c'est ce mélange improbable de manières imbriquées d'aborder
techniquement le film, les situations et les Hommes,
mais qui forme au bout du compte une entité parfaitement cohérente,
empreinte d'un vrai raffinement,
d'une petite musique très attachante. Car au premier abord, The
Darjeeling Limited est un drôle d'objet filmé,
terre de tous les contrastes, qui dans la forme ne se refuse rien.
Plans parfaitement géométriques, sublimés par des acteurs au jeu
entièrement statique
et intériorisé, plans de brics et de brocs saccadés ou zooms brusques,
hommages fulgurants aux films indiens de série
ou même aux comédies françaises des 70's, tout cela confère souvent au
film des allures de peinture absurde,
colorée, à la fois immobile et tout en mouvements gracieux.
De mouvement les personnages n'ont pas vraiment besoin, l'absence de
gestuelle par moments presque provocante,
qui accompagne cette géométrie parfaite des constructions de plans, des
travellings, est un bel écrin à leur intimité.
Souvent tout passe par le regard, un miroir de l'âme bigarrée, perdue,
enfouie de nos trois compères.
À ce titre la scène-clé du film, au cours de laquelle la mère,
impérialement jouée par Anjelica Huston,
fait comprendre à ses enfants qu'il est temps de dépasser les mots,
pour se laisser emporter par les émotions,
les regards, le corps et ses expressions est terriblement forte, au
plus près de l'humain.

Pourant le périple de Francis, Jack et Peter est une source permanente
d'éveil pour le spectateur car Wes Anderson
a également le goût du détail, du décor qui fourmille de petits objets
qu'on devine avoir traversé la vie et les décors
en ayant circulé de mains en mains, de propriétaires en propriétaires.
Le film a cet égard regorge d'histoires suggérées
plus que narrées. De nos héros fragiles, on ne saura en définitive pas
grand chose, on ne fait que deviner leur histoire
par recoupements, on passe d'allusions en allusions et ça n'est pas
plus mal, on prend le train en route
et on se laisse emporter comme dans la vie, lorsque l'on rencontre
quelqu'un l'espace d'un voyage,
on ne connaîtra que ce qu'il voudra bien vous apprendre, ni plus ni
moins, et dans la réciproque,
et c'est ce qui pourra faire la richesse de l'échange.
Wes Anderson prend ce postulat avec recul, ironie, un humour racé qui
laisse souvent la place à une vraie émotion.
Toute la partie liée à l'enfant disparu, l'enterrement immaculé et son
parallèle avec l'enterrement du père,
fait remonter beaucoup de mélancolie et le film se révèle et se
confirme comme un beau film humaniste,
traversé de plus par des fulgurances musicales souvent inattendues et
pourtant toujours évidentes à vivre,
des Stones à Joe Dassin, on ne s'étonne de rien et on redécouvre tout,
preuve supplémentaire de la réussite totale du film, abouti en tous
points.

"The Darjeeling Limited" c'est un voyage authentique, inattendu,
contrasté et riche en émotions fortes,
dont on ressort humainement apaisé et chargé de l'envie folle d'aimer,
de vivre, de ne retenir que l'essentiel
de notre court passage sur la Terre. Vous aussi, laissez tomber tous
vos repères habituels,
laissez vos lourdes valises sur le quai de la gare et embarquez sans
plus tarder pour le Darjeeling Limited.
Si à un moment, le train se perd, ce sera très probablement le moment
pour vous retrouver vous-même,
une plume de paon à la main et le regard vers le lointain.

-P_ko-

valises

Posté par cinecancre à 10:00 - INCLASSABLES - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Entendu parler, mais jamais vu, ca donne envie !

    Posté par Blanc Citron, mercredi 14 mai 2008 à 16:48
  • ouais

    il faut y aller, cours-y, tu ressortiras sur un nuage, super bien dans ta peau... satisfait ou remboursé... je cours pas de risques, c'est trop bon !!!!

    p_ko

    Posté par p_ko, jeudi 15 mai 2008 à 23:47
  • hein ??

    quel désert ce cinoche des cancres...
    keskispasse ?????????????????????????
    yakelkin ????????????????????????????

    Posté par p_ko, mardi 17 juin 2008 à 13:47
  • oui

    Y a quelau'un, je m'y remets des que j'ai 5 minutes je promets,

    Bon sinon je viens de voir le film et c'est en effet absolument magnifique, une comedie douce amere vraiment profonde et touchante, pas toujours facile d'acces mais definitivement touchante pour peu qu'on fasse l'effort de s'y plonnger... la mise en scene quant a elle, veritable hommage a bollywood, est de toute beautee... je pourrais en parler des heures mais tu l'as fait bien mieux que moi mon cher P-Ko...

    Posté par kit jackson, vendredi 20 juin 2008 à 09:50
  • yeepee yeah !!

    ça me fait plaisir de te lire,
    et ça me fait super plaisir que tu aies vu ce film et qu'il t'ait plu !
    Pour moi, une des plus belles surprises de l'année !
    bisous et à bientôt !

    Posté par p_ko, lundi 23 juin 2008 à 20:52

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