ARTCANCRE:Le cinoche des cancres

on va causer un peu langage

mercredi 20 septembre 2006

VILLE A VENDRE

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Un film de Jean-Pierre Mocky

France ; 1991 ; 1h37
Scénario de Jean-Pierre Mocky ;
Michelle Delmotte ; André Ruellan
Sortie le 26 février 1992

Avec Tom Novembre (Orphée) ; Michel Serrault (Rousselot) ; Richard Bohringer (Monnerie) ; Jacqueline Maillan (Delphine Martinet) ; Darry Cowl (Emilio Bingo) ; Valérie Mairesse (Elvire) ; Philippe Léotard (Jean Boulard) ; Laura Grandt (Hermine) ; Eddy Mitchell (Patrick Chardon) ; Michel Constantin (Docteur Bernier) ; Dominique Lavanant (Eva Montier) ; Daniel Prévost (Georges Montier) ; Bernadette Lafont (Inspecteur Claire Derain) ; Jean-Pierre Mocky (Shade)

Orphée, ancien PDG d'une entreprise d'informatique, devenu nomade, arrive en camion à Moussin, où se déroule une fête municipale. Etonné du climat qui y règne, il décide d'y rester quelques jours. Il apprend que huit personnes sur dix sont au chômage et que la population touche d'importantes allocations d'un mystérieux personnage. Dès son arrivée, il est témoin du meurtre de la pharmacienne Delphine par le nommé Picoud. A la gendarmerie, le capitaine Montier tente de le confondre, soutenu par Rousselot, le maire de la ville. Il fait ensuite la connaissance d’Elvire, une amie de Delphine. Tous les notables du milieu médical et pharmaceutique de Moussin semblent liés par un terrible secret, alors que l'on détruit les usines, que les maisons sont mises en vente et que les habitants semblent heureux de leur sort.

Picoud, Boulard et Hermine sont assassinés, puis Monnerie dissimule le meurtre de Chardon. Certains protagonistes, inquiets, reçoivent des appels téléphoniques des morts. Peu de temps après, Montier est abattu par sa femme Eva, jalouse de ses conquêtes féminines, alors qu' Orphée l'avait contraint à enquêter sur la série de meurtres.

Ces déductions amènent Orphée à rencontrer le mystérieux Shade, fou maniaque qui est à l'origine de tout ce cauchemar avec son complice Monnerie : il apprend que la profession médicale de Moussin était soudoyée pour tester des médicaments susceptibles d'arrêter le vieillissement des êtres humains.

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Revenant à des racines plus ou moins fantastiques en mélangeant habilement policier et comédie, Jean-Pierre Mocky s’interroge sur la duplicité des hommes de sciences et des cobayes pharmaceutiques auxquels le sujet du film fait abstraction. Grand film, d’après Mocky, le succès fut au rendez-vous, les quinze vedettes furent payées en temps et en heure et le soutien d’Alain Sarde à la production donna une pub relativement correcte à ce film, finalement pas si désenchanté et mal foutu que cela.

Déjà premier point fort de Ville à vendre : son casting, impressionnant et éclectique, mettant en scène plusieurs comédiens de différentes générations : Jacqueline Maillan face à Dominique Lavanant, Michel Serrault face à Valérie Mairesse et enfin Michel Constantin face à Tom Novembre. Une classe que nul autre cinéaste français ne peut se targuer d’égaliser ! Deuxième point fort : la réduction des effets sanglants qui auraient pu donner une véritable boucherie. Public plus vaste, co-distribution avec TF1 oblige ! Succès estampillé mais de gros problèmes de diffusions à la télévision deux ans après sa sortie. Le sujet est dérangeant et dénonce (fait rare dans notre cinéma contemporain), l’humour est corrosif et va droit au but, la mise en scène, bien que sobre et linéairement plate (moins de panoramiques et de contre-plongées du temps de Litan), constitue l’un des points faibles du film ; d’où les critiques de « mal foutu » ou bien « mauvais et raté » d’après des journalistes un peu excentriques, personne ne remplace Jean-Louis Bory et du Plantier. Bref, « Ville à Vendre » s’est forgé une notoriété caduque après un encensement dans les salles. Canal + fut le premier à franchir le pas, TF1 diffusa le film en seconde partie de soirée, croyant peut-être à la fin du monde (!) parce que c’est un Mocky et un Mocky ne se diffuse pas aux heures de grandes écoutes. Ce qu’il manque encore aujourd’hui à « Ville à Vendre » (il passe régulièrement à la télé) c’est une profondeur dans son sujet original, traité avec fluidité dans des décors naturels crasseux et kitsch. Le sujet est balancé au grand jour sans trop de subtilité, la fin est bâclée (clin d'oeil au final de « A mort l'arbitre ! ») et le sujet de la mort n’est pas très plausible. Enfin qu’importe, vous me direz, la jeunesse finit par tuer si l'on accepte pas de vieillir ! Néanmoins, ça balance pas mal, l’action est relativement présente et l’enquête tient bien la route avec ce vers de terre de Tom Novembre, formidable en Orphée, joueur de lyre et ex-PDG d’entreprise ; hommage soit dit en passant à Jean Cocteau dont Mocky joua dans les années quarante dans l’une de ses adaptations d’Eurydice.


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Le contre-emploi est une fois de plus de mise dans « Ville à Vendre » avec un Michel Serrault méconnaissable en maire abusif et bête. La caricature fait encore figure de point central dans l’interprétation des acteurs, brillants et heureux de faire partie de cette bande de fous. De ce côté-ci de la mise en scène, Jean-Pierre Mocky respecte bien son cahier des charges et offre des cadrages recherchés (toujours ce style de tourner tout en plan séquence), des contrechamps intelligents lors de dialogues souvent « off » entre les personnages cadrés dans une scène. D’un point de vue narratif, « Ville à Vendre » s’en sort avec les honneurs, c’est une bonne cuvée que ce Mocky du début des années 90 ! On sent un réalisateur inspiré, constamment en recherche de nouveaux horizons et assemblant avec le peu de fric qu’il a, des sujets tout aussi vastes que la recherche pharmaceutique sur des cobayes humains (tout en gardant l'aspect de dénonce) qui finissent par être brûlés dans une usine chimique pas encore détruite par cette nouvelle gangrène du monde moderne : le chômage. Ce chômage tue les humains ou les entretue, c’est selon. Un clan par-ci, un clan par-là et parfois un homme (Tom Novembre), qui n’a rien à foutre ici et qui se laisse embourber dans ce chantage mortel et sans retour (la mort de Philippe Léotart est à ce niveau, foudroyante). « Ville à Vendre » est bel et bien un grand film, comme le dit avec fierté le réalisateur. Et il a raison certes, mais « Ville à Vendre » est loin d’être un chef d’œuvre car il couvre une période pas encore résolue entre la fin des années 80 (« Agent Trouble »), ce début d’années 90 (Il gèle en enfer) et cette époque du film, qui n’existe pas. Il mérite l’attention pour son casting prestigieux et inattendu, pour son délire décapant, mais moins pour son originalité,pourtant si inédite. Pareil sujet aurait du être traité par le Mocky des années 70 ; trop tôt sans doute et son sens de la dérision qui tourne vite à l’auto parodie. C’est le début d’une nouvelle carrière en dents de scie, oscillant entre les perles d’un cinéma d'horreur qui se cherche (« Noir comme le Souvenir »), un drame d’une violente répulsion (« Le Mari de Léon ») et des bides sans nom qui ont pour seul intérêt, la ramasse totale : « Alliance cherche doigt » (1997), « Vidange » (1998) et « Tout est calme » (2000) entre autres.

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Et pour toujours en savoir plus :


Jacqueline Maillan et Michel Constantin jouent leur dernier rôle de composition, la première (grande actrice de théâtre oscillant merveilleusement comique et tragédie) décède l’année courante. C'est surement Jean-Pierre Mocky qui offrit à la comédienne ses plus beaux rôles au cinéma.

Budget de 12 MF


Affiche 160x140 toujours disponible chez les meilleurs revendeurs d'objets de collection.


-LE SHAMAN-

Posté par cinecancre à 19:39 - COMEDIE DRAMATIQUE - Commentaires [3] - Permalien [#]

samedi 8 juillet 2006

L'IBIS ROUGE

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Un film de Jean-Pierre Mocky

France ; 1975 ; 1h17
Scénario de Jean-Pierre Mocky & André Ruellan
Sortie le 30 mai 1975

Avec Michel Simon (Zizi) ; Michel Serrault (Jérémie) ; Michel Galabru (Raymond Villiers) ; Jean Le Poulain (Margos) ; Evelyne Buyle (Evelyne Villiers)

Raymond Villiers, ex-champion de tango, représentant en spiritueux, joueur et ivrogne impénitent, est menacé de mort par un certain M. Ratin, ancien colonel mutilé, envers lequel il a contracté une dette de jeu de trois millions. Affolé, Raymond est aidé par sa femme, Evelyne, et ses amis : Zizi, le vieux marchand de journaux bougon et xénophobe, mais attaché à Zouzou, un jeune enfant noir et Margos, un restaurateur auvergnat reconverti dans la cuisine grecque qui ne se soucie que de sa santé et dont le rêve est d'acquérir une maison au bord de la mer... Malencontreusement, c'est dans le même temps qu'un étrange tueur court la ville à la recherche de victimes : il s'agit de Jérémie, cadre effacé de la Sécurité Sociale, traumatisé alors qu'enfant il observait une mouche posée sur la poitrine opulente de son professeur de piano. Désormais, Jérémie se défoule en étranglant des femmes avec son écharpe brodée d'un ibis...

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D’une vraie sensibilité, ce film visuellement sobre et rapide, ne se déroulant qu’en 48 heures et de nuit, offre un vrai plaisir encore inédit dans l’œuvre de Jean-Pierre Mocky. En effet, le cinéaste décide de remettre le vieux Michel Simon sur les rails avant de décéder, peu de temps après la sortie du film. Son rôle de Zizi, vieux râleur raciste tenant un kiosque à journaux sur les bords du canal St. Martin fut son ultime rôle. Le grand ne tournait plus que quatre films en dix ans et n’était plus la gueule du cinéma français d’avant guerre (« Drôle de Drame », « Le Quai des Brumes », « Boudu »). Michel Serrault, après une décennie de petits rôles comiques et barges au bon sens du terme, tirant sur le cabaret de ses origines, atteint une perfection originale dans le rôle d’un étrangleur de femme. Rôle difficile s’il en est, puisque son personnage a été traumatisé étant jeune, par une mouche posée sur le sein de l’opulente poitrine de sa grosse prof. de piano ! Sa tête, piqué de tâches de rousseur le rend d’autant plus antipathique, comme ce vieil ermite de Michel Simon, marqué par les années, âgé à l’époque de 80 ans. L’immense Michel Galabru est l’homme de la situation, à bout de souffle dans un rôle dramatique à large envergure. Traqué, torturé puis tué par le faux étrangleur ; l’insolite du personnage de Michel Simon qui aime à ce qu’on le prenne pour le tueur qui sévit, Michel Galabru divorce de sa femme et doit une lourde somme d’argent à un mutilé et ses petits caïds de banlieue qui veulent sa peau. A partir de là, en quinze minutes chrono, le film peut commencer…

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Un cynisme dans la reconstitution des événements en comédie douce amer, fait réfléchir et même si l’on n’a pas lu le roman originel, on ne peut rester de marbre devant tant de monstruosité chez les personnages. Encore une fois, la caricature et le grotesque de ces figures esquissés à gros traits noirs ne peuvent laisser indifférent. Le film, lui, est une sorte d’icône coup de poing à la déchéance et la multiplicité des rocambolesques aventures des quatre personnages principaux (dont le merveilleux et regretté Jean Le Poulain). A cela, une galerie de monstres où des visages transpercent l’écran (Antoine Mayor, le chauffeur de taxi) de par leur « gueule » monumentale ou des seconds rôles trouvent enfin leur guise et leurs précieuses minutes (le fidèle Dominique Zardi en voyou au costume italien).


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Chez Jean-Pierre Mocky, il ne faut jamais s’attendre à une comédie faite pour plaire à tout le monde –pour le succès immédiat. Non, c’est l’ironie à son plus bel effet, quand les acteurs se laissent enfin aller sous les pitreries infantiles du réalisateur derrière sa caméra. La subtilité du scénario renvoie directement au controversé « Snobs ! » réalisé en 1961 où tous les personnages pouvaient faire ce qu’il leur chantait dans un déluge de quiproquos vraiment immondes. Pour « l’ibis rouge » le ton est différent, moins hargneux, moins satirique. Le thème est plus lié sur l’amour et la décadence du personnage interprété brillamment par Michel Galabru : il demande des bijoux à sa femme qui veut divorcer, ainsi pour payer ses dettes avant de mourir. Malheureusement, le faux étrangleur l’aura avant que Jérémie (Michel Serrault, vraiment dérangé, à voir lors du premier meurtre) exécute son ordre : tuer sa femme pour voler les bijoux. Une histoire absurde mais menée comme un cahier des charges de la comédie populaire de l’époque. Malgré un faible succès dans les salles, « l’ibis rouge » aura la chance de passer assez régulièrement à la télévision. Il ne faut pas oublier non plus que Mocky avait dans la tête, un projet inachevé (quel dommage) intitulé « Doll », sorte de portrait de sciences-fiction. C’est avec les droits d’exploitation du scénario qu’il put réaliser « l’ibis rouge » (sur les cendres aussi du succès de la bande originale du « linceul n’a pas de poches ») et faire jouer son acteur fétiche, Michel Simon (qui devait jouer dans « Snobs ! »), avant de s’éteindre, sur les bords du canal St. Martin ; lieu où l’acteur demeurait avec sa copine (en fait un transsexuel) et qui avait servi comme décor pour le cultissime « L’Atalante » de Jean Vigo en 1933.


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Film mineur de la carrière de Jean-Pierre Mocky, « l’ibis rouge » reste tout de même une charmante comédie à prendre au trois mille six cent soixante sixième degré et à rire sans trop se forcer. C’est tellement plus simple de rire du malheur des autres ! Basé sur le mensonge et la grossierté de ses dialogues ponctués de vers poétiques à la Prévert, « l’ibis rouge » hérite bien du maillon populaire des années 30 ; de Renoir à Carné en passant par Duvivier et Marc Allégret.
La fin mérite l’attention tant le suspense tient son bout par le virement dramatique et la noirceur des décors utilisés (l’appartement d’Evelyne Buyle, la banlieue franchement dégueulasse), éclairés seulement par une lumière restreinte et une couleur sépia. On remercie donc Marcel Weiss pour l’impeccable utilisation des effets de contraste et du crépuscule, bordant le canal St. Martin.

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Et pour toujours en savoir plus :


Adapté du roman de Frederic Brown, « Knock three one two » (collection série noire)

Remake de « L’ibis rouge » réalisé en 1998 par Eric Woreth : « Ca ne se refuse pas » avec Jean-Marc Barr et Julie Gayet.


Budget de 750 000 F

L’ibis rouge donne son nom à l’écharpe qu’utilise Michel Serrault pour étrangler les femmes.

Le film marque aussi le point de départ de la collaboration entre le cinéaste et l’acteur Michel Serrault. Les deux comparses se suivront dans une douzaine de long-métrages dont le fabuleux « Bonsoir » réalisé en 1993.

-LE SHAMAN-

Posté par cinecancre à 14:16 - COMEDIE DRAMATIQUE - Commentaires [10] - Permalien [#]



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