mardi 20 mars 2007
A MORT L'ARBITRE !
Un film de Jean-Pierre Mocky
1983 ; France ; 1h22
Scénario de Jean-Pierre Mocky ; Jacques Dreux
Sortie le 22 février 1984
Avec Michel Serrault (Rico)
Eddy Mitchell (Maurice)
Carole Laure (Martine)
Jean-Pierre Mocky (Commissaire Granowski)
Laurent Mallet (Teddy)
Claude Brosset (Albert)
Sophie Moyse (Phillipon)
Film interdit aux moins de 12 ans
Ce soir-là, c'est la grande virée : les supporters arrivent par cars pour soutenir leur équipe de foot favorite. On commence par plaisanter bruyamment, par boire un coup à la buvette du stade... et puis c'est le match tant attendu ! Vacarme et cris. Mais, déception pour Rico et sa bande, Teddy, Albert et tout un tas d'autres copains : l'équipe chérie perd, et Rico et les autres estiment que c'est la faute de l'arbitre, qui a sifflé selon eux un penalty de trop. Rico et ses amis, complètement surexcités, partent manger dans une pizzeria voisine, et quelle n'est pas leur surprise de voir Maurice, "l'arbitre pourri", passer à la télé. Aussitôt, Rico, Teddy, Albert et toute la suite décident de se rendre au studio de télévision pour donner à l'arbitre une bonne leçon. Ils arrivent juste au moment où l'arbitre et sa petite amie, Martine, quittent le studio. Commence alors une course-poursuite, à pied, tout d'abord dans les galeries du centre commercial voisin et désert : c'est là que Rico, qui se met aux aguets dans un couloir sombre, frappe et tue le premier croyant que c'était l'arbitre. Et la folie des autres prendra le devant. La chasse à l’homme est déclarée !
Ce film ultra violent flirtant avec la folie des hommes et la connerie humaine à l’état primaire, est une des grandes réussites de Jean-Pierre Mocky. Interprétant le commissaire Granowski, omniprésent mais à la fois absent, le cinéaste réussit un tour de force qui se qualifie de scandale visionnaire. En effet, « A mort l’arbitre » est bien le brouillon du terrible drame du Heysel ; on en a déjà parlé partout à l’époque (même une émission a été diffusée à l’occasion avec en seconde partie le film) mais je le répète quand même. Lorsqu’on se rend compte de la cruauté et de la bêtise d’un Michel Serrault en supporter fanatique près à tout pour se débarrasser d’un « pourri d’arbitre », on a du mal à imaginer un monde plus noir et plus hypocrite. Le football est un terrain de massacre où le racisme côtoie l’antisémitisme et la violence des gens ; des supporters comme des casseurs. Ce film est un brouillon de la vie réelle parce que c’est loufoque. « A mort l’arbitre » est une farce, tout comme la vie en et une et pousse l'absurde à son paroxysme. « A mort l’arbitre » est un film extrêmement noir et pessimiste, le plus sombre et le plus désespéré depuis Un linceul n’a pas de poches en 1974. « A mort l’arbitre » est un chef d’œuvre de tension dramatique où la connerie marivaude avec le mal et la sueur avec le sang, occasionnellement le sperme aussi, car Rico, l’immonde personnage interprété par Michel Serrault est une crapule sans âme, utilisant la farce pour mieux agir, pour mieux insuffler sa soif de vengeance et ainsi faire porter le chapeau à un pauvre innocent : l’arbitre en question, qui a malencontreusement sifflé un mauvais penalty et qui se retrouve soupçonné par la bande à Rico d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Ce coup de sifflet lui sera fatal, tout comme cette lance à incendie qu’il n’a pas abattu sur le crâne du supporter jaune et noir. C’est le coup de sifflet qui envoie le match de la chasse à l’homme ; un match en forme d’after et qui semble mener Rico à ses fins. C’est aussi le coup de lance à incendie qui excite la foule tels des "zombies". Oui, des zombies, car la scène dans le centre commercial renvoie directement au film culte de Georges A. Romero ; tant dans l’horreur des décors que dans l’excitation des fanatiques, l’écume au bord des lèvres, trompette en main, obsédante et nous stressant encore plus !

Pour parler de Michel Serrault : son rôle le plus noir et abusif de toute sa carrière ! Ceux qui ne l’ont pas vu dans « A mort l’arbitre » ne peuvent pas se rendre compte de la méchanceté qu’il dégage, de la bêtise et de la violence qu'il exprime. Bon ok, la dérision est toujours de mise chez Jean-Pierre Mocky, d’ailleurs, on sait reconnaître un film de Mocky dès les premières minutes. Là, l’ambiance est néammoins un peu à part. Le film, long d’une heure vingt (un match de foot en soit, sans mi-temps), se déroule en temps réel, après le fameux match de football qui a sonné tel un fiasco dans la tête des supporters jaune et noirs.
L’arbitre, incarné avec justesse par Eddy Mitchell, se retire après le match, victime déjà d’une bouteille de bière qui lui est lancée dans le coin de la figure. Il rentre dans le vestiaire où il retrouve sa petite amie, journaliste de profession, sur le terrain pour un article sur l’arbitrage. Lui, l’arbitre, il rêve de la baiser... c’est ce qu’ils font. L’arbitre doit donner une interview à la télévision, mais tout ne se passe pas comme prévu… Dehors, les hooligans l’attendent de pied ferme, meuglant derrière le grillage telles des bêtes enragées prêtes à bondir sur leur proie. Et la proie est bien démunie ; c’est bien une victime. Heureusement, un jardinier du stade réussit à les faire sortir sans que personne ne les voie. Rico, omniprésent lui aussi, occupe tout l’espace du cadre. Là où sont la psychologie et le suspense, c’est qu’il ne voit rien et pourtant, il est là, à « flairer » sa proie. Mais rien. L’arbitre et sa jeune petite amie (Carole Laure) sont saufs, pourtant le commissaire leur avait dit de faire attention car la foule est bien plus dangereuse dehors qu’à l’intérieur. Dehors : pas de barrières, que des embuches ou de minuscules points de repères et cachettes. La ville, c'est la jungle !
Alors ce cher arbitre se retrouve tout de même sur FR3 à l’occasion de son interview d’après match. Le style cher à Mocky se ressent une fois de plus lorsque les présentateurs télé commencent à éructer leurs répliques. Ils sont mauvais ! Mais qu’importe, l’ambiance est là et la tension ne cesse d’aller crescendo. Et ce n’est pas fini ! Rico et sa bande, conscients qu’il ont perdus l’occasion de tout faire sauter vont manger une pizza dans l’un des nombreux restaurants qui bordent la rue. Quel n’est pas leur plaisir mais aussi leur étonnement en voyant la télévision ! L’arbitre est sur le plateau du journal télévisé, dans le petit écran et il parle, fièrement, ignorant les questions débiles que lui posent les présentateurs. Dans le coin, cette chère journaliste qui croit en lui et qui va être contente de se faire sauter tout à l’heure, quand tout sera fini. Rico est hors de lui et entraîne in extremis sa bande de bras cassés au relais de la chaîne de télévision. Grabuge ! Ils débarquent tous et commencent à foutre le bordel. L’arbitre, un peu sonné ne comprend toujours pas pourquoi une telle cabale lui est « offerte ». C’est un ignorant et à jamais une victime. Un loser comme souvent chez Mocky. Un paumé qui ne sait pas trop ce qui va lui arriver dans le coin de la gueule. Malheureusement, des losers comme lui, il y en a des tonnes, à jamais victimes de d’autres losers plus méchants, pris dans un tourbillon sarcastique. Le personnage de Rico illustre parfaitement cette caricature grotesque et cynique, tirée à gros traits, que représente la connerie dans toute sa splendeur. Splendeur que dis-je ! Oui, une splendeur comme ça, on en voit que dans les films de Jean-Pierre Mocky ; quand les soi-disant « français moyens » farceurs veulent à tout prix tuer quelqu’un. C’est souvent le cas chez Mocky et sa principale obsession. Le méchant est un monstre pathétique, une ordure qui ne réfléchit pas et qui agit avec une bestialité presque sexuelle. Serrault esquisse parfaitement la dégradation de Rico, au fil des minutes. Mais il triomphe toujours, même fatigué physiquement à la fin de la course, c’est un loser tout pareil que l’anti-héro, bouc émissaire de la farce, mais c’est un gagnant, presque un surhomme ! La revanche de l’équipe jaune et noire est réussie ! Les cadavres de l’arbitre et de sa petite amie, encastrés dans les tôles d’une camionnette, au fond d’un ravin, sont le résultat d’une réussite pour Rico. Un pourri en moins qui ne dénoncera pas le sport en le trahissant. Pauvre homme… Rico est un criminel.
Mocky a dédié son film « à tous ceux qui meurent pour rien ». Jamais sur grand écran, la violence n'avait été filmée aussi crûment (à l’exception bien sûr du film de genre où l’excessif se manifeste en effet gore). En France, il manque encore des gens comme Jean-Pierre Mocky ; je sais, je le répète, mais comme sa grande gueule actuelle est plus affichée en poses à la télé que ses propos à l’époque, je me dois de le défendre, ainsi que son œuvre. « A mort l’arbitre » est un pamphlet tout d’abord ; premier depuis « le témoin » en 1978 (contre la peine de mort), qui dénonce la violence des supporters comme je l’ai dit mais aussi la folie furieuse des hommes. Des supporters sont des hommes. Nous autres, sommes des hommes et des supporters de quelque chose ou de quelqu’un. Révolutionnaire en soit, la bande à Rico cherche avant tout à supprimer l’ordre public, représenté ici par cet arbitre. Stéréotype étudié, Jean-Pierre Mocky a évalué ses images en caricature dans le milieu du sport, trouble manifeste de culture. Le football, c’est de la culture ! Le cinéaste tire à boulets rouges toutes les hypocrisies, comme à son habitude, mais il le fait bien, sans geste antithétique envers le monde actuel (celui des années 80, donc) et chute grandguignolesque.
Le final est intense, sobre et cruel à la fois. Alors que Rico poursuit en bus l’arbitre et sa copine de journaliste, traqués depuis une heure, tout d’abord dans le stade puis le centre commercial, un énorme blokaus de béton à l'américaine, une usine chimique et maintenant dans un chantier souterrain où les phares des tractopelles nous éblouit, la tension monte ; on ne voit rien, absolument rien, ne serait-ce que le trouble. Hop ! Un petit flash à l’intérieur de la voiture de l’arbitre qui pisse le sang (il vient de se faire tirer dessus). Gros plan sur Rico, d’une abominable férocité. Il est à bout de nerfs, il craque, sa méchanceté s’accentue, sa colère et sa violence le rendent complètement fou. Dans le macabre de la pénombre, l’arbitre a réussi à semer son cinglé de rival. On touche à la fin, le suspense nous prend aux tripes, l’action s’arrête brusquement, au bord de ce ravin. C'est le silence et on respire enfin. Tout à coup, une puissante charge pousse la camionnette de l’arbitre et de sa copine dans le vide. Dernière violence ainsi que le meurtre. Ils sont écrasés par les tôles du véhicule. Le commissaire Granowski arrive dix secondes plus tard, en bas (« l’arbitre, il attendra » avait-il dit en portant secours à un accident). Cela a été fatal. Il découvre sans effroi les cadavres de l’arbitre et de la journaliste, comme s’il savait dès le début, le drame qui courait derrière le pauvre arbitre depuis ce satané coup de sifflet. Nous aussi, on le savait. En plongée, il fixe mi-abusé, mi-ironique, Rico, le cigare dans le bec : « Tu es content, tout ça pour un penalty ! »
Puis Rico éclate de rire. Il est heureux d’avoir commis l’imparable. Le charisme de Michel Serrault fait passer comme un frisson le bonheur de son ignoble personnage. On s’y attacherait presque ! Mais c’est peut-être ça, nous sommes tous des monstres face à la peur, la peur face à la foule et au terrorisme. Nous sommes des bêtes sauvages et Jean-Pierre Mocky a réussi à démontrer, une fois de plus, que les humains réagissent comme des bestiaux quand le mensonge et la fierté sont en compétition.
Un très très grand film à redécouvrir. Un exemple type qui débute comme une farce rigolote et qui se conclut en tragédie macabre et meurtrière.
Et pour toujours en savoir plus :
Adapté du roman « Death Penalty » d’Alfred Draper (série noire n° 1560)
Visa n°
Directeur de la photographie : Edmond Richard
Musique de Alain Chamfort & Gioacchino Rossini
Interprétation chansons : Viktor Lazlo
TF1 Films Productions ; RTZ Productions
Distribué par PlanFilm
Matériel promo :
Cahiers du Cinéma n°353 (novembre 1983)
Cahiers du Cinéma n°357 (mars 1984)
La Revue du Cinéma n°392 (mars 1984)
Lire : « Positif ; n°278 (avril 1984) »
Nombre de salles sur Paris : 36
Nombre d’entrées 1ère semaine sur Paris : 59 051
Nombre de semaines d’exclusivité : 4
Nombre totale d’entrées en fin d’exclusivité : 103 804
(Source BiFi)
Editeur VHS – SECAM (1990) : Gaillon
Sophie Moyse, égérie de Jean-Pierre Mocky dans les années 80, interprète la stagiaire de police Phillipon. Elle fut chef monteuse de 1979 à 1990.
-LE SHAMAN-
mercredi 20 décembre 2006
DELIVRANCE
POUR ECOUTER LE DUEL AU BANJO DE DELIVRANCE CLIQUEZ SUR LECTURE TIN TIN TIN TIIIIIIN Un film de John Boorman
Etats-Unis ; 1972 ; 1h47
Scénario de James Dickey, d’après son roman
Musique de Eric Weissberg & Steve Mandel
Sortie le 30 juillet 1972
Avec : John Voight (Ed Gentry)
Burt Reynolds (Lewis Mediock/ « Louis » en VF)
Ned Beatty (Bobby Trippe)
Ronny Cox (Drew Ballinger/ « André » en VF)
Film interdit aux moins de 12 ans
Quatre jeunes américains, Ed Gentry, Lewis Mediock, Bobby Trippe et Drew Ballinger, décident de consacrer leur week-end à descendre en canoë une impétueuse rivière du nord de la Georgie. Ils envisagent cette véritable expédition comme un ultime hommage à une nature sauvage et indomptée que menacent les progrès de la civilisation. La première journée se passe bien mais, le second jour, Ed et Bobby sont attaqués par deux montagnards et l'un d'eux viole Bobby avant d'être tué par Lewis.
Immense chef d’œuvre d’intensité dramatique, grand classique du film d’aventures (sans doute le premier survival de l'histoire) et épisodiquement film d’horreur flirtant avec le thriller, « Délivrance » est mythique. John Boorman, encore jeune à l’époque du tournage nous offre certainement son meilleur film, celui qui a le mieux vieilli (revoyez « Excalibur » et « Zardoz » pour vous en convaincre) et qui reste l’une des influences majeures du cinéma fantastique américain. John McTiernan sait-il alors inspiré de « Délivrance » pour son « Predator » majestueux ? Certainement que oui. John Boorman, en plus de délivrer une ode à la nature sauvage, à l’aube de disparaître et de devenir industrielle, brise quelques références du genre et revisite à sa manière les mythes du cinéma d’aventures traditionnel aux relans poétiques puis cauchemardesques (« Les chasses du compte Zaroff », « l'île des morts »). John Voight est très juste, à l’aise dans son rôle, à bout de souffle et que la violence n’épargne pas (la scène des chasseurs !). Burt Reynolds, charismatique comme d’habitude, non partisan de l’aventure, fait de la figuration en seconde partie de film. Son rôle de Tarzan sur le retour nous effraie en même tant qu’il nous émeut.
La force du cinéma de John Boorman réside dans l’utilisation du lieu de tournage. Ainsi, les nombreux plans d’ensemble sur la nature à perte de vue, sont magnifiques. Ce style à tourner en grande partie par des panoramiques, renforce d’autant plus la mise en scène qu’elle se différencie du cinéma hollywoodien ou européen. En Italie, les gros plans sont légions. Ils en usent et en abusent. John Boorman réinvente peut-être aussi à sa manière les angles de vue recherchés, héroïques, rappelant les westerns de John Ford où tous les personnages semblaient être emprisonnés dans le seul cadre de la caméra.
Autre référence qui tangue « Délivrance » au rang du cinéma fantastique, se sont les visages, fortement ingrats des personnages (attardés, vieillards, enfants). Le duel guitare-banjo entre Drew et l’enfant difforme reste à ce jour l’une des plus impressionnantes scènes musicales, doublée d’une intense psychologie puisque partant d’un simple plan taille sur Drew, plan sur les doigts de l’enfant sur le manche de son banjo, plan rapproché sur Drew, gros plan sur le visage de l’enfant juxtaposé sur le plan précédent des doigts sur le manche du banjo, puis finissant sur deux gros plans monumentaux lors du final. Intense ai-je dit ? Oui, intense car rien ne se passe extérieurement pendant que les deux jouent leur mélodie. Ils sont tous deux en osmose. Il y a juste un plan américain sur John Voight, ébahi par ce spectacle semble t’il venu de l’au-delà. Cette scène reste en tout point mythique par sa résonance psychologique et corporelle qui émane des doigts de Drew et de l’enfant difforme sur leur instrument. A vous faire haïr le banjo ! Peut-être un hommage à Tod Browning ? Sûrement. John Boorman est un très grand cinéphile, cultivé par ce cinéma de genre et surréaliste. Dans « Délivrance », même s’il n’y a pas tant de fantastique, de fantaisie et d’héroïsme que dans les œuvres ultérieures du cinéaste, il y a en revanche cet aspect troublant et choquant auquel cette séquence de viol vient nous retourner le cœur. Même si cela est violent, on ne voit rien. On sent, on ressent les sévices et la torture. Cette séquence des chasseurs est elle aussi devenue anthologique puisqu’elle marque un brusque changement de style dans le film ; virant d’une scène à l’autre dans le survival et l’horreur la plus pure.
« Délivrance » est un grand film, une œuvre maîtresse couronnée par des éloges aussi bien publics que critiques. Même si John Boorman révolutionne un genre à part entière qui fera les beaux jours des années 80, « Délivrance » est unique, car présentant la nature sauvage avec une justesse presque documentaire. Métaphore lyrique d’une nature en déclin, celle-ci peut se montrer violente face à une industrialisation qui ne cesse d’accroître plus les années avancent. Peut-être aussi cette même industrialisation qui nous mènera à la mort, telle que la nature sauvage l’a voulue en nous empêchant de commettre le crime le plus important du siècle.
La cinémathèque du Shaman :
« Predator » de John McTiernan ; « La Forêt d’émeraudes » de John Boorman ; « La Voie Lactée » de Luis Buñuel ; « Les chasses du compte Zaroff » de Ernest B. Schoedsack ; « Angoisse » de Jacques Tourneur
-LE SHAMAN-
vendredi 8 décembre 2006
LES FANTOMES DU CHAPELIER

Claude Chabrol
France ; 1982 ; 2h02
Scénario de Claude Chabrol, d’après le roman de George Simenon
Musique de Matthieu Chabrol
Sortie le 26 mai 1982
Avec : Michel Serrault
Charles Aznavour
Monique Chaumette
François Cluzet
Christine Paoli
Monsieur Labbé, le chapelier d'une petite ville du littoral breton, a tué sa femme, paralysée depuis quinze ans, dans un accès de faiblesse, las de ses plaintes. Pour tous les habitants, ses amis du café qu'il rejoint chaque jour pour une partie de cartes, Kachoudas, le tailleur, Valentin son jeune employé et Louise, sa servante. Madame Labbé est toujours de ce monde. Monsieur Labbé multiplie les signes qui peuvent faire croire à la présence de sa femme dans la chambre du premier. Ainsi, chaque jour lui monte-t-il son repas et a-t-il installé un mannequin articulé dont la silhouette se découpe à travers la fenêtre. La ville subit les méfaits d'un étrangleur qui a déjà tué quatre femmes. Kachoudas découvre que le coupable n'est autre que Monsieur Labbé.
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Les cancres le savent, Claude Chabrol n’est pas un réalisateur que j’adule autant que la plupart des spectateurs français. Seulement le triptyque « Que la bête meure », « Le Boucher », « Juste Avant la nuit », « La Femme Infidèle » ainsi que le superbe « La Cérémonie » me passionnent réellement, même si je trouve, pour les trois premiers, une mise en scène assez impersonnelle suivie d’un sérieux manque de dynamisme. Dans « Les Fantômes du Chapelier », Claude Chabrol met en scène Michel Serrault dans un rôle difficile. Le comédien livre une composition magistrale et prouve une fois de plus (confirmation avec le célèbre « Garde à Vue » de Claude Miller) qu’il peut être l’acteur dramatique par excellence, sans renier ses racines du cabaret ainsi que la comédie, qui l’a rendu populaire au début des années 60.
Dans le cinéma de Claude Chabrol, je ne trouve pas la passion, rien ne me transcende réellement. La lenteur est certainement le point faible du cinéaste, qui s'y méprend pourtant dans un style assez personnel, même s’il y ajoute une certaine psychologie doublée de rapports ambigus entre les personnages. Je citerai encore une fois « La Cérémonie » avec une Sandrine Bonnaire très troublante. « Les Fantômes du Chapelier », outre sa superbe lumière et ses décors d’un autre monde ; dans ce cas, le film est une sorte de polar mâtiné de fantastique, genre qu’affectionne Chabrol sans pour autant être juste dans un suspense assez artificiel et respecter un cahier des charges, l'ensemble se regarde toute fois sans mal et non sans une certaine nostalgie. « Les Fantôme du Chapelier » s’apprécie pour ses interprètes.
Je ne peux parler d’un film de Chabrol sans citer Jean-Pierre Mocky. Claude Chabrol est un cinéaste qui a toujours été en concurrence avec ses camarades, le voulant certainement pour être le meilleur. Empruntant au cinéma d’auteur (dois-je rappeler que le maître en la matière fut l’indomptable François Truffaut), au cinéma de genre (Chabrol lisait Midi-Minuit Fantastique du pape Jean-Claude Romer) et au cinéma populaire, ce qu’il fera durant les années 80. Je parle de Jean-Pierre Mocky pourquoi ? Tout d’abord puisque les deux cinéastes, si différents soient-ils (Chabrol, cinéaste des rapports, Mocky, cinéaste de l'action, de la rapidité et de toute forme de violence), ont toujours eu cette rivalité, tournant deux à trois films par an, de qualité variable avec des budgets plus ou moins serrés. Mais Chabrol a toujours eu plus d’argent que Mocky. Si ce dernier offrit le premier rôle dramatique à Michel Serrault (dans L’ibis Rouge, où il interprète déjà un étrangleur de femmes, bien avant « Les Fantômes du Chapelier »), Claude Chabrol, de son côté, donna les plus beaux rôles dramatiques à Jean Yanne. Cette rivalité, ils l’ont de plus en plus aujourd’hui, tournant des films toujours plus mauvais les uns que les autres, autant chez Chabrol que chez Mocky. Rivalité entre les deux personnages dans le choix de leurs interprètes. Ainsi, Dominique Zardi et Henri Attal, du "Mocky-Circus" se font seconds rôles dans plusieurs films de Claude Chabrol. Dans « Alice ou la dernière fugue », film fantastique bancal réalisé en 1977, Chabrol s’éprend de Sylvia Kristel, qui avait joué dans Un Linceul n’a pas de poches de Jean-Pierre Mocky en 1975, aux côtés d’une pléiade d’acteurs comme Michel Serrault, Jean Carmet, Michael Lonsdale, Jean-Pierre Marielle et consort. En 1988, pour « les saisons du plaisir », Jean-Pierre Mocky choisit Stéphane Audran, officiellement épouse de Claude Chabrol et lui offre le rôle d’une nymphomane sexagénaire amatrice de films pornos avec sa copine Sylvie Jolie. Claude Chabrol quitte Stéphane Audran en 1991, juste après l’avoir fait tuer dans « Betty » avec Marie Trintignant.
Si dans « Les Fantômes du Chapelier », le suspense peut paraître peu explicite, foncièrement basé sur le jeu des apparences, et dans le cas présent, Chabrol s’en sort avec les honneurs, le film fonctionne surtout pour son ambiance glauque, surréaliste et aux décors principalement vides de vie et de mystère, ce qui est dommageable pour un suspense. Par conséquent, Chabrol réussit une certaine maîtrise de la mise en scène linéaire (travellings montés sur rail, cadre fixe, peu de plans séquences) pour laisser libre court à l’imagination et à la foucade de Michel Serrault. Pas vertigineux comme un Jean-Jacques Beineix (qui émerge à la même époque avec « Diva »), Chabrol reste néanmoins fidèle à l’adaptation du récit de Georges Simenon, finalement pas si à l’aise que dans sa série des Maigret, somme toute assez fantastique. Pour finir, « Les Fantômes du Chapelier » reste un très bon divertissement qu’il est toujours agréable de revoir. Au second degré seulement.
-LE SHAMAN-
Un film de
jeudi 16 novembre 2006
JOHN CARPENTER'S THE THING

POUR LANCER LE THEME INQUIETANT DE THE THING , COMPOSE PAR ENNIO MORRICONE, APPUYEZ SUR LECTURE:
BANDE ANNONCE:
CRITIQUE DE NIO

(cliquez sur les photos pour les aggrandir)
Cette fois donc côté remakes, c' est "la chose" de John Carpenter (1982) qui s' y colle, remake moderne de celui de Howard Hawks, meilleure adaptation horrifique et science fictionnesque du huis clos (excepté Alien) à la "dix petits nègres" : Puisqu' il est évident que la chose, l' assassin non humain, est parmi eux.
En général, je n' aime pas les remakes, sauf quand ils dépassent l' adaptation de base, ou l' enrichissent et/ou la complètent. Ce qui est le cas de "la mouche" de Cronenberg, sublime et personnalisé ou du "Village des damnés" (En même temps je triche un peu, j' adore Cronenberg et Carpenter. Ils font partie de ceux que je compte sur mes doigts de la main) mais aussi....de cette chose.
Donc je lance la galette dans le mange dvd et zoupla. Présentation, "menu base". C' est un dvd universal, donc comme pour les autres dvd universal (comme "out of africa" par exemple) il faut s' attendre à des menus sobres, sans aucune originalité certaine. On passe. (malgré que Universal, je n' aime pas leurs dvds grands public, tout comme je déteste les dvd warner et leur politique du dvd en carton : Cette chiartitude de Ma trique se colle un dvd ultimate en plastique avec boîtier coulissant et tout et tout, et mon 2001 et mon Orange Mécanique, c' est des boîtes warner en carton. Qu' on m' explique un peu la politique de la Warner parce que là, c' est du foutage de gueule (et pas qu' envers le public, mais aussi les réalisateurs) Au passage, oui j' aime bien cracher mon fiel sur Ma trique des frangins Wachowski, et si vous voulez savoir pourquoi, je me ferais une joie de vous expliquer un jour...)
Donc on lance le film...
Pour la petite histoire, des hommes dans une base en Antarctique, pendant l' hiver 1982, sont confrontés à une chose changeant continuellement d' apparence à la perfection pour mieux les tuer. Je résume très simplement en fait pour éviter d' en dire plus, mais dans l' ensemble c' est ça. Et rien n' est jamais manichéen dans le film, rien. Si la chose est le mal incarné, elle fait "disparaître toutes les traces" juste pour sa survie. Les hommes quand à eux, essayent aussi de survivre, entre la peur de cette mort inconnue (ça fait quoi, si on se fait contaminer par la chose hein ?) et Carpenter filme, quasiment celà comme un documentaire laissant même planer le doute sur "le héros" (la séquence où Mc Ready (Kurt Russell) revient du froid, enfermé avec son baton de dynamite derrière la porte, les yeux qui brillent...) et multipliant les séquences de bravoures. Car presque tous les plans sont sublimes et regorgent d' inventivité. Voir la chose sortir une longue langue et s' en servir comme treuil de remorquage pour se cacher sous le bureau (la survie, juste la survie) c' est génial. Et la séquence sur la table d' opérations du médecin ? Avec les électrochocs à placer sur le corps..... Ah ah, j' en dis pas plus. Et cette séquence du "test du sang" où l' on essaye de prouver que toutes les cellules de la choses sont vivantes ? Bah j' en dis pas plus non plus, je me retiens, c' est dur, mais je me retient, ceux qui ont vu le film comprendront.
(les effets spéciaux sont sublimes au passage et n' ont pratiquement pas pris une ride)
Ce qui est hallucinant aussi c' est ce jeu de piste...Qui à été contaminé par la chose en premier ? Qui ? Ce n' est pas facile du tout et bravo à celui qui trouve sans aucune erreur la réponse. Je propose qu' on capture Carpenter et qu'on le soumette "à la question", comme au moyen âge. Chouette idée non ?
Mais plus que tout, le film ne fait pas peur, non. Juste distiller cette angoisse, ce climat crépusculaire qui augmente au fil du nombre de personnes dans la base qui lui, se réduit. Et cette fin, dans le noir, dans des restes enflamés dans la neige, ces êtres qui se disent qu' ils sont ptêt la chose, mais à quoi bon chercher encore une lutte dans le froid et la fatigue qui arrivent et cette phrase finale incroyablement noire :
"Tu crois que des secours vont venir ?
_ Il ne vaudrait mieux pas."
Un chef d'oeuvre.
-NIO-
CRITIQUE DE KITANO JACKSON


(cliquez sur les images pour les aggrandir)
Fan de Howard Hawks depuis toujours john Carpenter fu tromatisé par The thing lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, déja responsable du remake déguisée de Rio Bravo en 1976 (assault on precinct 13th) Carpenter signe en 1982 sa vision du myhtique film de Howard Hawks et Christian Niby "The thing from outer space" genése d'un chef d'oeuvre.
En effet "The thing" peut aujourd'hui être consideré comme LE chef d'oeuvre de Big John, car a bien des ègards il se pose comme l'un des rares exemples de ce que l'on peut apeller un film Parfait, de la mise en scène aux effets spéciaux en passant par l'interpretation et la photographie tout sent ici le travail d'orfévre, la passion et la sueur de front.
Le résultat se voit sur l'écran, la tension monte crescendo, le suspense atteint des sommets que seul de grands génies avaient réussi a atteidre (Hitchcock, Clouzot, De Palma...) le danger est partout la paranoia prend le spectateur qui se surprendra a émettre des hypothéses sur l'identité d'un tel ou d'un tel appuyé par la musique gèniale d' Ennio Morricone (qui pour le coup fait du Carpenter, incroyable l'un des plus grands génies de la musique ciné fait du Carpenter....) qui attrape le spectateur dés la scène d'introduction et ne le lache jamais (a la manière du "shining" de Kubrick) et puis les coups de génie s'enchainent Carpenter nous fait douter de tous et enchaine sans marque de style suspense intense et gore grand guignolesque qui pourtant ne prête jamais a la rigolade, comme cette scène (l'une des plus terrifiantes de l'histoire du cinema reprise et plagiée a maintes reprises) ou pour savoir ou est la chose les hommes pratiquent un teste sanguin d'un genre nouveau, la conclusion de cette scène finira de glacer le sang des plus courageux.
De son coté le variable Kurt russel livre ce qui restera comme l'une de ses meilleures interpretations (aux cotés de celle de Snake Plisken dans Escape from new york du même carpenter), sobre et habitée, une interpretation que Carpenter voulait proche de celle d'un cowboy (il voue un amour immoderé aux westerns et n'a d'ailleurs réalisé que des westerns déguisés du moins en majeur partie), qu'a cela ne tienne Russel s'empare du rôle et l'interprête comme un cowboy dans tout ce qu'il a de plus mythique (voire même mythologique) un cavalier solitaire et taciturne mélange improbabvle de JohnWayne et de charles Bronson mais teinté d'un certain désenchatment ridicule, un personnage dur et froid qui une fois lancé dans les évenements ne fera preuve d'aucune pitié ni d'aucune compassion.
Rendant justice au travail de ses acteurs Carpenter les filme avec une précision chirurgicale, de travelling arrière vertigineux en plans séquences dantesques big John fait preuve d'une virtuositée terrassante et d'un sens technique évident (bien qu'il n'ait déja a l'époque plus rien a prouver a ce niveau la) qui ne dessert jamais l'histoire qu'il Raconte avec cette maitrise caracteristique des plus grands, prenant le temps de dévelloper des personnages et d'installer son décor unique (car The thing est un huit clos) il crée un univers intemporel et particulier, unique, froid (au sens propre et figuré) étouffant et glauque.
Alors quand arrive la fin du film le spectateur est essoré, vidé, terrifié, impressioné par tant de génie et de maitrise pris d'une sorte de paranoia qui ne sera pas calmée par une interpretation plus profonde du film (le film traiterait selon certains du virus du sida que Carpenter aurait vu venir a des kilomètres, théorie non vérifiable mais évidemment trés probable) sentiment renforcé par le fait qu'en tant que grand creayteur de films "univers"le maitre ne clôt jamais ses oeuvres de manière nette laissant ainsi a l'imagination le soin de travailler (d'ou de nombreux projets de suite aux films de Carpenter projet n'aboutissant que rarement) et au spectateur celui de s'interroger.
Longue Vie au grand maitre.
-kitano jackson-
jeudi 29 juin 2006
UN LINCEUL N'A PAS DE POCHES

Un film de Jean-Pierre Mocky
France ; 1974 ; 2h15
Scénario de Jean-Pierre Mocky & Alain Moury
Sortie le 20 novembre 1974
Avec Jean-Pierre Mocky (Michel Dolannes)
Myriam Mézière (Mira)
Jean Carmet (Commissaire Bude)
Jean-Pierre Marielle (Carlille)
Michael Lonsdale (Raymond)
Sylvia Kristel (Avril)
Michel Galabru (Thomas)
Michel Constantin (Culi)
Daniel Gélin (Laurence)
Michel Serrault (Blesh)
Francis Blanche (Nathaël Grissom)
Christian Duvaleix (Jo)
Film interdit aux moins de 12 ans
Journaliste dans un grand quotidien, Michel Dolannes donne sa démission à Thomas, son patron, car il ne veut plus être empêché d'écrire ce qu'il voit, ce qu'il sait : la vérité. Aidé par une jeune femme, Mira, et son collaborateur et ami Jo, il fonde son propre journal « Le Cosmopolit » financé tant bien que mal par des snobs ou des femmes du monde comme Mme Mardène. Il trouve un imprimeur indépendant, Laurence, qui accepte de le produire. Dolannes, dont les amours avec Avril sont tumultueux, commence à publier tout ce qu'on lui interdisait d'écrire. Il dénonce, tour à tour, les scandales sportifs, un député catholique, Carlille, farouchement opposé aux avortements mais en pratiquant clandestinement, des politiciens corrompus de tous les bords, Blesh et Raymond. Carlille se suicidera... Renié par tous, sauf par Mira et Jo, auxquels s'est joint Grissom, un imprimeur acculé à la faillite, discrètement aidé par le commissaire Bude, Dolannes crie la vérité, toute la vérité, rien que la vérité...
Glacé, noir, désespéré, brutal, pervers à l’érotisme abrupte et extrêmement violent, « Un Linceul n’a pas de poches » est une histoire compliquée, pas très aboutie par rapport au roman éponyme de Horace MacCoy, célèbre auteur américain du best-seller « on achève bien les chevaux ». Jean-Pierre Mocky et Alain Moury adaptent librement (c’est écrit au générique !) le récit et le transposent en France, dans les années 70 en ne conservant que le nom du héro et sa quête de la vérité à travers les lignes d’un canard qu’il écrit pour dénoncer les injustices de sa ville –sa putain de ville, comme il le mentionne si bien. Jean-Pierre Mocky se met en scène une nouvelle fois et endosse le personnage de Michel Dolannes, journaliste obsédé par la vérité qui n’hésite pas à démissionner de son quotidien pour lancer un brûlot sans le moindre sou. Il sera aidé par ses proches (dont le commissaire Bude allias Jean Carmet ; magistral) qui deviendront de plus en plus nombreux puis finalement prit en chasse par une bande de communistes, députés d’extrême gauche, d’extrême droite et de fortes personnalités de la ville. La pirouette finale est à saluer, le suspense reste intact et Mocky s’impose en virtuose de la coda !


Sorti un an après le méconnu l’ombre d’une chance, le film est lui aussi abattu par la critique et fait un bide monumental. La seule chose qui sauvera le film : la musique qui sera nommée aux Césars 1976. Vite devenu un phénomène (à la trompette, Jean-Claude Borelli), c’est cette petite musique qui aidera financièrement Jean-Pierre Mocky à réaliser d’autres films en changeant finalement de sujet pour éviter la controverse et la censure qui aime à le bannir à chaque nouvelle sortie dans les salles. La critique sociale sera vue d’un œil plus moqueur et amusant (L’ibis Rouge /1975). « Un linceul n’a pas de poches » reste malgré tout, une grande œuvre pas totalement maîtrisée par son auteur, délaissé par une interprétation qui tire sur le théâtre, par un humour noir et un registre de langue cru et vulgaire. Dès le début, on est servi par un générique follement excitant ! Mais le point fort de cet ovni cinématographique reste le casting, impressionnant, mettant en scène des vedettes de l’époque dont tous les Michel (Galabru, Constantin, Serrault, Lonsdale) du cinéma français ainsi que LA « Emmanuelle » Sylvia Kristel, complètement nue dans sa piscine sous le regard outré de Mocky ! Le film fit sensation à sa sortie en salles et même s’il a un peu vieilli avec les années, il garde toute sa puissance de dénonce, son insolente perversité sur la société de l’époque, les politiciens, les journalistes, les services sociaux, les scandales métaphysiques, la mondaine… Tout est passé au crible par la plume de Dolannes, s’imaginant un chemin à se frayer pour enfin sortir du tunnel de la mythomanie et voir enfin la lumière sur des sujets tabou. Mais où mènent les enquêtes de plus en plus dangereuses, Dolannes se laisse perturber par son ex copine et s’engouffre au sein d’une cabale généralisée qui veut sa peau ; au fur et à mesure que les numéros du « Cosmopolit » paraissent et choquent la population. Du Sporting à l’affaire d’utérus trafiqués par un chirurgien scrupuleux aillant un pied dans la politique (Jean-Pierre Marielle, anodin), rien n’est passé au hasard et tous les partis sont mis dans le même panier.
Comme à son habitude, Jean-Pierre Mocky laisse tout son talent au profil de décors somptueux plongés dans la nuit et le macabre des rues. L’action se passe principalement dans le noir, pour éclairer ne serait-ce qu’un soupçon d’une part de la vérité qu’il balance au grand jour. La tension est forte pour son personnage, elle se ressert autour de lui et il est finalement contraint de se faire oublier en continuant d’imprimer ses éditions chez un ami de sa copine, Grissom, incarné par Francis Blanche dans son tout dernier rôle. Mais il ne baisse pas les bras pour autant. Il continue à publier le Cosmopolit pour éclairer une nouvelle affaire : le meurtre, déguisé en suicide d’un cheminot écrasé par un wagon. L’affaire est un peu plus complexe car l’enquête abandonnée par la police se rapproche du maire de la ville, Minecci, pédophile crapuleux n’hésitant pas à tuer pour obtenir des pots de vin. Une affaire étouffée par un de ses amis snobs, Blesh, interprété par le grand Michel Serrault, frère du président du Sporting qui écume par la même occasion, tous les bordels de la capitale. Blesh qui offrit à Thomas (Michel Galabru, toujours impeccable) la direction du grand journal : « Paris Dernière ». C’est Culli (Michel Constantin), chef typo dans l’imprimerie, ami de ce cheminot, qui fournit un alibi à Dolannes qui lui sera fatal : le témoin oculaire de ce fameux meurtre. Ayant des relations avec la fille de Blesh, Dolannes l’épouse de suite (elle qui rêve de « baiser » avec lui) pour pouvoir se rapprocher des magouilles et enfin faire éclater le scandale au grand jour. La mort du cheminot n’était pas un suicide ! Mais le témoin est vite retrouvé par les hommes de main de Blesh qui torturent atrocement la femme qui détenait la vérité.
Dolannes est véritablement perdu…
Sous couvert de polar, « Un Linceul n’a pas de poches » renferme quelques scènes fortes (passage à tabac de Mocky dans un parking, Michel Constantin écrabouillé par une voiture, un cheminot écrasé par un wagon, gisant dans une marre de sang) parfois teinté d'érotisme. Ce drame social d’une précision diabolique (les cadrages sont nerveux) cache derrière la terrible vérité, des idées de mise en scène (la fameuse "marque" du plan-séquence, librement adopté par Mocky dans les années 70), un scénario en béton armé et un vrai message d’appel à la liberté d’expression. Bien que le sujet soit vaste et peu linéaire, le film a surtout prit quelques rides à cause de son interprétation, les propos sont encore d’actualité. « Un Linceul n’a pas de poches » reste cependant un classique du film contemporain français au retournement de situation grotesque et implacable, très en marge de la notoriété nihliste du réalisateur !
Une rareté à revoir au plus vite pour s’initier à l’œuvre d’un grand cinéaste incompris et bien souvent le seul à savoir aussi bien gérer policier et grand guignol, drame et absurde, humour et tragédie, action et psychologie. C’est l’époque du Mocky bagarreur, le Mocky qui remplaçait ses cascadeurs pour éviter une rallonge de salaire. C’était l’époque où Mocky, prolifique, s’éclatait le crâne et comptait ses points de suture. C’était un autre Mocky, jeune et introverti dans sa manière de faire du cinéma.
( galerie photos )
Et pour toujours en savoir plus :
Adaptation du roman éponyme de Horace MacCoy.
Jean-Pierre Mocky avait en tête l’adaptation du roman « On achève bien les chevaux » du même auteur, œuvre controversée durant la Grande Dépression. C’est Sydney Pollack qui obtint les droits et tourna le film en 1969 avec Jane Fonda et Michael Sarazzin.
Décédé avant la post synchronisation, Francis Blanche est doublé par son ami Roger Carel qui imite sa voix avec son impressionnant accent d’Europe de l’est !
Avec autant de vedettes de l’époque, « Un Linceul n’a pas de Poches » est le film de Mocky le plus long sur pellicule.
La musique de Paul de Sonneville ; la fameuse "Dolannes Melodie" avec trompette et flûte de pan rapporta plus d’argent que le film et se vendit à l’époque (45 tours) à plus de 2 700 000 exemplaires. Elle fut reprise notamment par Frank Sinatra.
Le fidèle Dominique Zardi apparaît cette fois-ci sous les traits de l’homme qui se masturbe et pilleur du « Cosmopolit » avec Gerard Hoffmann.
-LE SHAMAN-
PSYCHOSE

L'action démarre à Phoenix, Arizona. Une jeune femme, Marion Crane (Janet Leigh) qui est la maîtresse de Sam (John Gavin) dérobe dans un moment d'égarement une valise contenant quarante mille dollars que son patron lui avait demandé de déposer à la banque. A la nuit, elle s'arrête dans un motel peu fréquenté et tenu par Norman Bates (Antony Perkins) qui se confie à elle en lui expliquant qu'il vit dans la maison proche du motel avec sa vieille mère invalide et de caractère très difficile.
Psychose, sorti dans les années 60,en secoua plus d’un, et d'ailleur il est toujours considéré (et à juste titre) comme l’un des plus grands chefs d'oeuvres du cinema de tout les temps !!! Hitchcock va faire de Psychose, un film à contre courant de ce qu'il venait de faire aux états unis quelques années auparavant, une véritable claque en pleine figure pour ceux qui l’ont vu à sa sortie. On peut dire qu' Alfred Hitccock s’est bien amusé à malmener le public ; il fis même pression pour que les distributeurs fassent passer la règle suivante : aucun spectateur ne sera admis dans la salle une fois le film commencé!!!
Psychose s’inspire du cas d’Ed Gein, fou déséquilibré qui déterrait des cadavres la nuit et qui a tué au moins deux femmes, à l’image de Gein, Norman Bates semble obsédé par sa mère, femme dominatrice et répressive, tout comme l’était la mère d’Ed Gein. Deux autres films dont un chef d'oeuvre ( lequel !?! ) s'inspire du même psycopathe ouvertement ; massacre à la tronçonneuse et le silence des agneaux !!!
Psychose est un film qui manipule. Janet Leigh (interprète de Marion) est annoncée, comme hitchcock aimait le faire avec ces actrices féminines, comme la star du film!!! Et effectivement au début du film, l'histoire tourne autour d’elle. He oui...mais personne ne pouvais prévoir qu’elle se fera tuer dans sa douche, bien avant la première demi-heure !! Nous voilà donc manipulés. Suite à ce premier meurtre, nous pouvons imaginer d'autre meurtres plus teriffiant les un que les autres et bin non !!! un seul suivra..., celui du pauvre détective...mais pas d'une façon aussi fraccassante que la scène de la douche, Hitchcock fait monté la tension, nous fait languir avec genie pour nous envoyé quelques autres claques dans la gueule, auxquelles nous n’avions pas songé un instant !! mais je ne dévoilerais pas les autres suptilitées du scénario par respect pour ceux qui ne l'ont pas vus !!!
Psychose nous a donné aussi une magifique musique de Bernard Herrman, uniquement composée d’instrument à cordes. Une musique stridente qui nous fraquasse les tympans lors des moments forts ( dziiink dziiink dziiink ), car Hitchcock a aussi été l’un des premiers à comprendre l’importance de la musique dans un film. Dès le générique, cette musique culte nous dirige vers la farce macabre à laquelle nous allons assister. D’ailleurs, Hitchcock a déclaré lors de la sortie de Psychose qu’il s’agissait là d’un film plein d’humour… Tobe Hooper prétendra la même chose 14 ans plus tard à propos de son Massacre à la tronconneuse.
Dans Psychose tout atteint la perfection. Pas seulement la mise en scène , mais aussi le scénario, d’une ingéniosité machiavélique,le choix d'Antony Perkins (qui est époustoufflant ) la photographie, le montage, les décors et bien sur la musique. Succès instantané, chef-d’œuvre et film de référence entre tous !!!
LACENAIRE

















































